Emanciper le travail

Émanciper le travail, c’est le sortir de la définition qu’en fait la classe possédante. C’est affirmer que le travail est infini et ne se réduit pas à la simple mise en valeur d’un capital sur un marché. C’est affirmer que les parents, les retraités et les chômeurs travaillent. C’est reconnaître aux fonctionnaires leur statut de producteur de valeur et non de coût. Mais c’est surtout arriver à instituer une nouvelle pratique du travail et de la valeur. C’est par ce chemin-là que nous seront à-même de changer concrètement la société !

Mais soyons concrets, voici plusieurs termes importants qu’il s’agit de définir correctement avant de pouvoir débattre des chemins de l’émancipation :

1) Activité, Travail, Emploi, Louage d’ouvrage.
2) Valeur d’usage, Valeur d’échange, Valeur économique.

1) L’activité est toute action humaine en général. L’activité est ce qui est reconnu créer de la richesse pour faire simple. Sauf que tant que cette richesse reste en l’état, elle est non-quantifiable.
Le travail est une activité qui est reconnue socialement comme productrice de valeur (richesse quantifiée). C’est donc la résultante d’une construction sociale de quantification de la richesse et de reconnaissance de sa valeur pour la société.
L’emploi est la construction sociale actuelle la plus répandue permettant de poser un cadre de différenciation entre une activité et un travail. C’est un cadre particulier qui va donner une valeur économique au poste occupé. Il permet ainsi de faire le distinguo que tout le monde connait: un barman travaille lorsqu’il est sert des cocktails derrière le comptoir mais il ne travaille plus s’il sert des cocktails à une soirée entre ami(e)s.
Ceci dit, il y a un autre distinguo à faire qui revient de plus en plus souvent avec l’ubérisation de l’économie: celui entre emploi et louage d’ouvrage. Pour le louage d’ouvrage, la valeur est attribuée à l’ouvrage fait, au produit. Pas au poste. La différence c’est que la rémunération de la graphiste freelance par exemple ne dépend plus du temps qu’elle a passé à la tâche mais du jugement porté par un marché sur le produit de son travail. On saisit tout de suite lequel des deux statuts est le plus précaire …

2) La valeur d’usage d’un travail ou d’un bien est une donnée philosophique et morale non quantifiable (comme la richesse) mais qui est indispensable au débat autour de la reconnaissance de la valeur d’un travail. La valeur d’usage d’un bien ou d’un travail correspond à l’utilité de ce bien et de ce travail.
La valeur d’échange est la valeur attribuée au produit d’un travail. Le prix est la forme la plus répandue mais d’autres formes existent comme le troc, les SEL, et autres.
La valeur économique est la valeur attribuée au travail réalisé, c’est celle qui est – plus ou moins – décomptée dans le PIB. Elle peut être égale à la valeur d’échange dans les exemples de travaux les plus précaires comme le louage d’ouvrage. Mais elle est surtout connue aujourd’hui sous la forme d’un salaire déduit de la plus-value produite dans l’entreprise employeur, ou du budget des collectivités, reconnaissant ainsi la production associée.

Plusieurs exemples permettant de jongler entre ces différentes notions de valeur :
– Un agent d’entretien produit une valeur d’usage de nettoyage dont la traduction en valeur d’échange est le prix payé à son entreprise pour ce service. Ce prix permet de dégager une plus-value qui met en valeur du capital et dont une partie permettra de reconnaître la valeur économique du travail de nettoyage de l’employé par un salaire.
– Un employé de Monsanto produit une valeur d’usage négative pour la collectivité en privatisant le vivant. Mais cette privatisation permet de dégager un prix sur le vivant et donc une valeur d’échange qui va générer une plus-value et donc mettre en valeur du capital. A ce titre, Monsanto gratifie son employé d’une valeur économique substantielle.
– Un infirmier d’hôpital produit une valeur d’usage qu’en France on juge aujourd’hui d’autant plus grande que sa valeur d’échange est réduite: Le maintient d’un confort sanitaire collectif optimal et de soins à la personne de qualité. Nous avons donc créé un commun nommé sécurité sociale qui permet par un principe de cotisation de reconnaître la valeur économique de l’infirmier tout en garantissant une valeur d’échange nulle (ou presque) sur son service (produit de son travail).

 

Voilà pour ces premières définitions qui constituent une introduction nécessaire pour un débat sain sur les voies de l’émancipation du travail.

 

Nous ouvrirons bientôt ce débat avec vous ici (dès que nous serons prêts d’un point de vue logistique, – car le développement du site c’est du travail) et en public.

En attendant, retrouvez un premier texte de Bernard Friot sur ce qu’il a porté lors des états généraux du progrès social du PCF et la proposition alternative à la Sécurité-Emploi-Formation que nous faisons :

Nous vous proposons également certaines de nos interventions pour approfondir  cette thématique.